Température de couleur basse égale couleurs chaudes

Température de couleur en photographie — comprendre l’échelle Kelvin

Température de couleur en photo : pourquoi le bleu est « chaud » et l’orange est « froid »

Vous rentrez d’une belle balade au coucher du soleil. Les photos sont magnifiques sur l’écran de l’appareil. Mais sur l’ordinateur, la moitié d’entre elles tirent vers l’orange, l’autre vers le bleu, et aucune ne ressemble vraiment à ce que vous avez vu.

Bienvenue dans le monde de la température de couleur.

C’est l’un des sujets les plus déstabilisants de la photographie — non pas parce qu’il est compliqué, mais parce qu’il est contre-intuitif. On va y remédier.

Le problème : notre cerveau nous ment

Quelle que soit l’heure de la journée, notre cerveau décide qu’un drap blanc est blanc.

Peu importe qu’il sèche sur un fil dans un pré normand sous un soleil de 16h avec une légère dominante jaune. Peu importe qu’il soit éclairé par un néon de bureau à dominante verte. Notre cerveau compense automatiquement et nous dit : blanc.

Nous ne sommes pas équipés d’un ordinateur, mais dotés d’un cerveau — et ce cerveau interprète la réalité comme ça l’arrange !

Notre pellicule, elle, ne fait pas ce travail. Notre capteur numérique non plus. Ils enregistrent la vraie couleur de la lumière, sans correction, sans interprétation. C’est pour ça que nos photos peuvent avoir des dominantes colorées que nous n’avions pas perçues au moment du déclenchement.

Ce phénomène ne pose de problème qu’en couleur, bien entendu. En noir et blanc, le drap sera de toute façon reproduit en léger gris.

Ce qu’est vraiment la température de couleur

La lumière change de couleur selon sa source et l’heure de la journée. Un coucher de soleil n’a pas la même teinte qu’un ciel de midi. Une bougie n’a pas la même teinte qu’un flash électronique.

Pour mesurer et nommer ces différences de façon précise, Lord Kelvin a mis au point une échelle au XIXe siècle — en partant du zéro absolu, -273°C.

Son raisonnement est simple à visualiser. Imaginez un objet noir placé dans un four électrique.
Chauffez-le progressivement.
A basse température, il devient rouge sombre. Puis orange. Puis jaune. Puis blanc.
Si vous continuez, il devient bleuté.

La température de couleur d’une source lumineuse, c’est la température à laquelle il faudrait chauffer cet objet noir pour qu’il émette la même couleur de lumière — exprimée en kelvins (en ajoutant 273 à la valeur en degrés Celsius).

Lumière du jour = 5 500 K

En appliquant cette méthode, la lumière du jour en milieu de journée correspond à 5 500 K.

Ça ne veut évidemment pas dire que cette lumière chauffe à 5 500°C — nous n’y résisterions pas !
Ça veut dire que la couleur de la lumière solaire correspond à celle d’un objet noir porté à 5 227°C (5 500 – 273).

Voilà pourquoi on parle de « température » de couleur. C’est une mesure physique, pas une mesure de chaleur.

Le tableau des températures Kelvin

SourceTempérature de couleur en Kelvins
Bougie1 500
Soleil levant / couchant2 000
Ampoule de ménage2 900
Flood 32003 200
Flood 34003 400
Flash Magnésique3 800
Tube fluo4 500
Flash Magnésique Bleu5 000
Flash Électronique5 000 à 6 500
Lumière du Jour5 500
Ciel Nuageux7 000 à 9 000
Ciel Polaire10 000 à 12 000
*Ces valeurs sont approximatives. La mesure précise nécessite un thermo-colorimètre.*

Le paradoxe qui embrouille tout le monde

C’est ici que presque tout le monde se perd — et c’est parfaitement normal.

Dans notre ressenti quotidien, le rouge et l’orange sont des couleurs « chaudes » — celles du feu, de la braise, du coucher de soleil. Le bleu est une couleur « froide » — celle de l’ombre dans la neige, du clair de lune, du ciel d’hiver.

Mais sur l’échelle Kelvin, c’est l’exact inverse.

Les valeurs « basses » (1 500 à 3 000 K) correspondent aux lumières orangées et rougeoyantes — les « couleurs chaudes ».
Les valeurs « élevées » (7 000 à 12 000 K) correspondent aux lumières bleutées — les « couleurs froides« .

Pourquoi ce décalage ?
Parce que l’échelle Kelvin est construite sur de la physique pure — la couleur émise par un métal chauffé. Et en physique, un métal très peu chauffé rougeoie, puis devient blanc, puis bleuté quand la température monte encore.

Notre cerveau, lui, a appris depuis la préhistoire à associer le rouge-orange à la chaleur (le feu, le soleil bas) et le bleu à la froideur (l’ombre, la nuit, la glace). Deux systèmes de référence qui se superposent en sens inverse.

Résultat concret :
une photo prise à la bougie (1 500 K) a des couleurs que nous percevons comme chaudes et enveloppantes, alors que sa valeur Kelvin est très basse.
Une photo prise à l’ombre par ciel bleu (10 000 K) a des couleurs que nous percevons comme froides et tristes, alors que sa valeur Kelvin est très élevée.

Une dernière chose qui ajoute à la confusion : certains logiciels de traitement d’image ont inversé le curseur de température de couleur. Plus on monte le curseur, plus les couleurs deviennent chaudes — ce qui est logique pour un débutant, mais l’inverse de l’échelle physique Kelvin.
Très choquant quand on connaît la convention d’origine !

J’ai consacré un article complet sur la décomposition de la lumière blanche et le prisme pour comprendre d’où viennent ces différences de couleurs dans la lumière.

Comment adapter la température de couleur

En argentique

Il n’était pas possible de fabriquer une pellicule pour chaque ambiance lumineuse. Les fabricants ont donc standardisé quatre situations principales.

Les pellicules lumière du jour (daylight) sont équilibrées pour 5 500 K — utilisables en lumière naturelle et au flash.
C’est ce que notre vendeur nous propose par défaut, négatif ou diapositive.

Les pellicules tungstène 3200 K sont équilibrées pour la lumière des lampes flood. Il s’agit principalement de films inversibles (diapositive). Pour les négatifs couleur, le rééquilibrage se fait au tirage sous l’agrandisseur avec le filtre adéquat.

Les pellicules 3400 K sont employées principalement au cinéma.

Pour les situations intermédiaires, on utilisait des filtres de conversionun filtre 80A transforme une pellicule lumière du jour en équivalent tungstène 3200 K, et un filtre 85B fait l’inverse.

Le thermocolorimètre permettait de mesurer précisément la température de couleur ambiante — mais à environ 1 500 €, il restait réservé aux professionnels. La plupart du temps, un abaque de conversion suffisait.

En numérique

Le numérique a simplifié tout ça considérablement.

La balance des blancs automatique règle l’appareil seul — suffisant dans la grande majorité des situations.

On peut aussi choisir manuellement parmi les préréglages : ciel nuageux, soleil, tungstène, fluorescent…

Et surtout, en format RAW, la température de couleur n’est enregistrée que comme une métadonnée.
On peut la modifier entièrement après la prise de vue, sans perte de qualité.
C’est l’un des arguments les plus solides pour shooter en RAW.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre température de couleur et balance des blancs ?

La température de couleur mesure la teinte de la lumière ambiante en kelvins. La balance des blancs est le réglage de l’appareil qui compense cette teinte pour que le blanc soit rendu blanc. L’un est la cause, l’autre est la correction.

Pourquoi mes photos en intérieur tirent-elles vers l’orange ?

Parce que les ampoules à incandescence émettent une lumière à environ 2 900 K — très basse sur l’échelle Kelvin, donc très orangée. Si la balance des blancs automatique ne compense pas correctement, la dominante orange s’installe. Le réglage manuel « tungstène » ou « incandescent » corrige ça.

Est-ce que la température de couleur change au fil de la journée ?

Oui, constamment.
Au lever du soleil, la lumière est autour de 2 000 K — chaude et dorée*.
En milieu de journée, elle monte à 5 500 K — blanche et neutre.
A l’ombre ou par temps couvert, elle peut dépasser 7 000 K — froide et bleutée.
*C’est ce que les photographes de portrait appellent « la lumière dorée » aux heures basses.

Pourquoi le curseur de température des logiciels RAW va dans le sens inverse de Kelvin ?

Pour des raisons d’ergonomie — déplacer le curseur vers la droite pour « réchauffer » l’image est plus intuitif pour la plupart des utilisateurs. Mais c’est techniquement l’inverse de l’échelle Kelvin physique, ce qui peut dérouter ceux qui connaissent la convention d’origine.

Comment faire une balance des blancs manuelle sur le terrain ?

On photographie une surface neutre (un drap blanc, une charte grise à 18%) sous la lumière ambiante, puis on indique à l’appareil que cette surface doit être rendue neutre. L’appareil calcule la correction nécessaire et l’applique aux prises de vue suivantes.

Voir aussi :

Prisme et décomposition de la lumière blancheLes filtres de conversionLe spectre de la lumière visibleIndice de lumination et gris neutre 18%

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8 commentaires

  1. Bonjour Patrick,
    Merci pour cet article. Je viens seulement de comprendre que Lr inverse les réglages de balance des blancs. Cela veut il dire que les réglages personnalisés (valeur entrées manuellement) sur Lr sont aussi inversées?
    Toute une gymnastique à faire! !
    Bien à vous

    1. Bonjour Olivier. Une fois que vous avez compris le principe, vous poussez les curseurs dans le bon sens.

  2. L’azote bout à – 196 degrés Celcius (ou 77,36 °K) et non au zéro absolu qui est à – 273,15 ° Celcius

    cf :Principe de l’Échelle Kelvin
    Pour établir son échelle, Lord kelvin est parti du zéro absolu, température de l’azote liquide, -273°C.

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